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traditionnel

Pizzica di San Vito

Type
Pizzica
Tradition
Italienne
Mesure
6/8
Tonalité
la mineur
Structure
AABBCC
Niveau
Intermédiaire
Tempo indicatif
184 à la noire

SalentoPouillestarantismeNotte-della-Tarantatambourin6-8

Ouverture

San Vito dei Normanni est une petite ville des Pouilles, dans la province de Brindisi. Elle doit son nom à des réfugiés slaves installés là au Xe siècle, qui fondent un Castrum Sancti Viti. C'est de cette ville que vient la pizzica, et non du saint patron qu'on invoque habituellement contre le mal de la tarentule.

Ce qui distingue San Vito dans l'histoire du tarentisme salentin est plus étrange. La ville a connu de vraies épidémies, et les crises s'y déclenchaient presque toutes dans l'eau. On parlait de taranta d'acqua, la tarentule d'eau : celui qui avait été mordu dans l'eau ne pouvait guérir qu'en dansant dans l'eau. Le rituel s'y passait de l'intercession d'un saint et reposait sur trois éléments seulement, la musique, l'eau et les couleurs. C'est un cas unique dans tout le Salento.

La pizzica est la forme la plus ancienne et la plus rêche de la famille des tarentelles. Là où la version napolitaine a été polie par l'opéra et par un siècle de cartes postales, celle-ci est restée une musique de fonction, jouée pour faire danser jusqu'à ce que ça cède. Le violon et le tambourin y tiennent les deux rôles, l'un tenant la ligne, l'autre tenant le corps.

Le lien avec le baroque n'est pas une reconstruction d'après coup. En 1641, le jésuite Athanasius Kircher consacre au tarentisme un chapitre de son traité sur le magnétisme, et il imprime les mélodies qu'on jouait pour soigner. C'est la discussion la plus complète qu'on ait sur cette musique, et pendant cent cinquante ans les tarentelles écrites en descendront toutes. Nous ne sommes pas en train de rapprocher artificiellement deux mondes : ils étaient dans le même livre.


Fiche technique

Type : pizzica, la variante salentine de la tarentelle. Mesure à 6/8, trois parties répétées.

Tonalité : la mineur. La partition de référence est sans armure, avec un sol dièse de sensible. Les sources italiennes désignent d'ailleurs ce morceau comme la pizzica in la minore de San Vito dei Normanni, ce qui recoupe la partition.

Structure : trois blocs qui s'enchaînent et se reprennent. La partition de référence les chaîne sur 191 mesures, en revenant régulièrement à la partie A. La pizzica n'a pas de fin écrite : elle dure ce que la danse dure.

Tempo : autour de 184 à la noire pointée sur la partition de référence. C'est très rapide, et c'est le genre qui veut ça. En atelier, commencer nettement plus lentement.

Point technique : la partie A tient une pédale de mi à la basse pendant seize mesures, sous une mélodie qui tourne autour de mi et fa. C'est un bourdon, pas une progression. Comprendre ça change la façon de l'accompagner : on ne « fait pas les accords », on tient une corde et on laisse la mélodie frotter dessus.

Grille harmonique

Relevée mesure par mesure sur l'accompagnement de la partition libre 8notes.

Les trois parties fonctionnent différemment. A est immobile, sur pédale de mi, avec une alternance la mineur / mi qui est plus un balancement qu'une cadence. B installe le mi mineur, donc la dominante sans sa sensible, ce qui donne cette couleur modale un peu creuse propre au répertoire salentin. C est la seule partie vraiment tonale : un la septième vient tonifier le ré mineur, et on retombe par mi septième.

Le passage de B à C est le moment où la pièce change de nature, du modal vers le tonal. C'est aussi, très probablement, la trace d'une couche plus tardive.

Grille en la mineur

Partie A

Am | Am | E | E
Am | Am | E | E

Partie B

Am | Em | Em | Am
Am | Em | E7 | Am

Partie C

A7 | Dm | Dm | Am
Am | E7 | E7 | Am

Intérêt pédagogique

Le même la mineur que la tarentelle napolitaine. Les deux pièces du trimestre méditerranéen sont dans la même tonalité et la même mesure. Elles peuvent se travailler ensemble et s'enchaîner, et la comparaison est frappante : même matériau, deux états de civilisation différents. L'une est allée à l'opéra, l'autre est restée sur la place.

Le bourdon avant l'accord. La partie A est un des rares endroits du répertoire de l'année où l'accompagnement n'est pas une grille. C'est un excellent préalable au travail sur la bourrée occitane, qui fonctionne de la même manière, et une entrée concrète dans ce que « modal » veut dire.

Le tambourin. Le tamburello salentin n'est pas un ornement dans cette musique, c'est le moteur. Un élève au tambourin sur cette pièce fait un vrai travail, pas de la figuration.

Partitions et enregistrements

Partition libre, gratuite, violon : 8notes.com/scores/40893.asp

Enregistrements :

  • Aramirè, collectif du Salento qui a travaillé à la restitution des formes traditionnelles de la pizzica
  • Officina Zoé, Canzoniere Grecanico Salentino, I Tamburellisti di Torrepaduli : les ensembles de référence cités par la littérature sur le genre
  • La Notte della Taranta, festival annuel depuis 1998 : lanottedellataranta.it et captations YouTube

Pour le pont avec le baroque : L'Arpeggiata et Christina Pluhar ont enregistré les tarentelles de Kircher. C'est le disque à faire écouter pour montrer que la question ne date pas d'hier.

Sources

  • Wikipedia, article « Pizzica » : https://en.wikipedia.org/wiki/Pizzica (origine salentine, rapport à la tarentelle et au tarentisme, ensembles de référence, Notte della Taranta depuis 1998, The Land of Remorse d'Ernesto de Martino)
  • Wikipedia, article « San Vito dei Normanni » : https://it.m.wikipedia.org/wiki/San_Vito_dei_Normanni (fondation du Castrum Sancti Viti au Xe siècle)
  • Salento Viaggi et La Terra del Rimorso, sur la spécificité de la taranta d'acqua à San Vito et sur la désignation « pizzica in la minore »
  • Athanasius Kircher, chapitre sur le tarentisme dans son traité sur le magnétisme, 1641, avec impression des mélodies de guérison
  • Partition libre 8notes, version violon : https://www.8notes.com/scores/40893.asp
  • Grille harmonique relevée mesure par mesure sur l'accompagnement de la partition 8notes

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