Jean-Philippe Rameau
Tambourins, Concert III RCT 9
Notes pédagogiques
L'œuvre dans son contexte
Les Pièces de clavecin en concerts sont publiées à Paris en 1741. C'est l'unique recueil de musique de chambre de Rameau, et il occupe une place à part dans le paysage de son époque. Là où la sonate en trio italienne fait du clavier un simple soutien harmonique, Rameau place le clavecin au centre du tissu : sa partie est entièrement écrite, obligée, et il dialogue d'égal à égal avec les deux autres instruments. La démarche est celle des sonates pour violon et clavecin obligé de Bach, où plus personne n'accompagne personne.
L'instrumentation est souple, Rameau le dit lui-même : la flûte peut remplacer le violon, un second violon peut remplacer la viole de gambe. Le recueil compte cinq concerts. Le troisième, RCT 9, est en la majeur et comprend trois mouvements : La Lapoplinière, La Timide avec ses deux rondeaux, et pour finir les deux Tambourins, dont le second est en rondeau.
Le tambourin est une danse populaire du sud de la France, entrée dans la musique de cour par la porte de l'opéra. Elle imite un effectif de rue, le galoubet et le tambourin de Provence, c'est-à-dire une flûte à trois trous tenue d'une main pendant que l'autre frappe un long tambour. D'où la basse martelée qui court sous la mélodie : ce n'est pas un accompagnement, c'est une imitation de percussion.
Caractéristiques musicales et pistes de travail
La majeur, tonalité lumineuse et ouverte sur le violon, avec les cordes à vide qui sonnent. Le caractère est rythmique, carré, immédiatement reconnaissable comme du français baroque : c'est un des morceaux les plus efficaces du répertoire pour faire entendre en dix secondes ce qui sépare le style français du style italien.
Points de travail : la netteté de l'articulation, qui fait tout ici, et l'inégalité à la française sur les passages en croches conjointes. Le second Tambourin étant en rondeau, il permet de travailler le retour du refrain et le contraste des couplets, ce qui est exactement la même logique formelle que le cycle d'une bourrée ou d'une pizzica.
Pour l'atelier, l'intérêt est concret : la nomenclature violon, viole ou alto, clavecin correspond aux instruments disponibles, sans arrangement à faire. C'est le pendant savant de la bourrée occitane du même trimestre, et les deux se répondent bien dans une même séance.
Pour aller plus loin
Partitions libres :
- IMSLP, page de l'œuvre complète : https://imslp.org/wiki/Pi%C3%A8ces_de_clavecin_en_concerts,_RCT_7-11_(Rameau,_Jean-Philippe) (éditions du domaine public et édition typographiée de Nicolas Sceaux sous licence Creative Commons Attribution 3.0)
- free-scores.com, édition Nicolas Sceaux, CC BY 3.0 : https://www.free-scores.com/download-sheet-music.php?pdf=92496
Enregistrements de référence :
- Trio Sonnerie : https://www.youtube.com/results?search_query=Trio+Sonnerie+Rameau+Tambourin
- Christophe Rousset, Kaori Uemura, Ryo Terakado : https://www.youtube.com/results?search_query=Rousset+Uemura+Terakado+Rameau+concerts
Sources de la fiche
IMSLP, page des Pièces de clavecin en concerts RCT 7-11 (liste des mouvements du Concert III, tonalité de la majeur, date de première publication 1741, éditions disponibles et licences). Wikipedia, article « Pièces de clavecin en concerts » (publication 1741, instrumentation et substitutions autorisées par Rameau, rôle obligé du clavecin et comparaison avec les sonates de Bach, liste des mouvements du Troisième Concert).