Retour au répertoire

traditionnel

La Folia

Aussi connu sous Folies d'Espagne, La Follia, Faronell's Ground, Folía

Type
Ground
Tradition
Ibérique
Mesure
3/4
Tonalité
re mineur Aussi joué en sol mineur
Structure
AB
Niveau
Intermédiaire

basse-obstineegroundPeninsule-IberiquePortugalfil-rouge-anneerepertoire-mondialpont-trad-baroque

Ouverture

Le mot dit tout : folia, en portugais, c'est la folie. Le nom vient de la danse elle-même, une affaire bruyante et rapide qu'on trouve dans la péninsule Ibérique dès la fin du XVe siècle, sans qu'on sache trancher entre le Portugal et le royaume de León. Les premières impressions datent du milieu du XVIe siècle. La chose est plus vieille que ses traces.

Ce qu'on joue aujourd'hui n'est pas cette danse-là. Vers 1670, la folia se transforme : elle ralentit, se range en sarabande à trois temps, et se fige en seize mesures qui ne bougeront plus pendant deux siècles. C'est la folia tardive, celle de Lully en 1672, celle que toute l'Europe va reprendre. La danse populaire est devenue une grille.

Et cette grille, plus de cent cinquante compositeurs s'en sont servis. Corelli, Vivaldi, Marais, Carl Philipp Emanuel Bach, et Rachmaninov encore au XXe siècle. Trois cents ans de musiciens qui reprennent les mêmes huit accords et posent leur variation par-dessus. On a l'habitude de dire que c'est le blues en douze mesures du baroque. La comparaison tient : même cadre court, même caractère obligatoire, même liberté totale à l'intérieur.

Chaque pays lui a donné son nom. Folies d'Espagne en France, Follia en Italie, Faronell's Ground en Angleterre. Trois façons de dire qu'elle vient d'ailleurs.

C'est par là qu'on commence l'année, et ce n'est pas un hasard. La folia est le premier objet de l'atelier où tout le monde joue en même temps sans jouer la même chose.


Fiche technique

Type : ground, c'est-à-dire une basse obstinée. Ce n'est pas une danse à part entière mais une forme cyclique : un cadre harmonique court qui se répète, et sur lequel on brode.

Mesure : 3/4. La folia tardive est une sarabande, avec l'appui caractéristique sur le deuxième temps.

Structure : seize mesures en deux moitiés de huit. Les deux moitiés sont harmoniquement identiques, seule la cadence finale change : la première ouvre sur la dominante, la seconde referme sur la tonique.

Tonalité : ré mineur est la tonalité de référence, celle de Corelli et de la grande majorité du répertoire baroque. Sol mineur circule aussi, notamment dans les sources qui exposent la progression en chiffres.

Tempo : volontairement non fixé. La folia se joue lentement à l'exposition puis s'accélère au fil des variations. Le tempo est une décision de groupe, pas une donnée du morceau.

Grille harmonique

En chiffres romains, la formule tient en une ligne : i-V-i-VII / III-VII-i-V, jouée deux fois, la seconde fois résolue sur i.

C'est la version certaine et vérifiée de la folia tardive. La mesure 15 est le seul endroit qui bouge d'une source à l'autre : certaines gardent le VI à la place du i, d'autres ajoutent une septième à la dominante finale. Le squelette ne change pas.

Grille en re mineur

Partie A

Dm | A | Dm | C
F | C | Dm | A

Partie B

Dm | A | Dm | C
F | C | Dm/A | A Dm

Intérêt pédagogique

C'est la pièce qui justifie l'organisation de l'année entière, et c'est aussi la seule du répertoire où les trois niveaux jouent ensemble sans arrangement.

Débutants, la basse. Une note tenue par mesure, huit notes par moitié : ré, la, ré, do, fa, do, ré, la. Rien d'autre. C'est jouable dès les premières semaines, ça ne bouge jamais, et ça tient tout le groupe. Un élève qui joue cette ligne fait un vrai travail de continuo, pas un exercice.

Intermédiaires, la mélodie. La ligne de la folia tardive est simple, syllabique, et se pose exactement sur les appuis harmoniques. Elle apprend à écouter la basse pendant qu'on joue au-dessus.

Avancés, les variations. Seize mesures, et ensuite on invente. Diminutions, doubles cordes, changements de registre. C'est le terrain d'improvisation baroque le plus accessible qui existe, parce que le cadre est court et qu'on peut se tromper sans casser la structure : le cycle suivant arrive dans huit mesures.

Le pont avec le baroque écrit est immédiat. L'atelier dispose déjà des fiches Corelli op. 5 n° 12, Vivaldi RV 63 et Falconieri pour montrer ce que des professionnels ont fait du même cadre.

Partitions et enregistrements

Partition libre : la mélodie de la folia tardive est dans le domaine public. Pour une version écrite de référence, l'op. 5 n° 12 de Corelli est sur IMSLP : imslp.org, 12 Violin Sonatas op. 5.

Base de données : folias.nl recense les dérivations et reprises du thème depuis 1997. C'est un travail d'amateur revendiqué comme tel, mais c'est la ressource la plus complète accessible librement.

Enregistrements :

Sous droits, à ne pas reproduire : Pascale Boquet et Gérard Rebours, 50 Standards Renaissance et Baroque, Fuzeau. Référence utile pour préparer un cours, pas diffusable.

Sources

Aller plus loin