Turlough O'Carolan
Sí Bheag Sí Mhór
Aussi connu sous Sheebeg and Sheemore, Si Beag Si Mor, Sídh Beag Agus Sídh Mór, An tSidh Bheag Agus An tSidh Mhor, The Small Fairy Fort and the Big Fairy Fort
- Type
- Air
- Tradition
- Irlandaise
- Mesure
- 3/4
- Tonalité
- re majeur Aussi joué en sol majeur
- Structure
- AABB
- Niveau
- Intermédiaire
Ouverture
Trois mille deux cent douze musiciens ont rangé cet air dans leur carnet sur TheSession. C'est plus que n'importe quelle autre pièce de ce répertoire, jigs et reels compris. Et c'est le seul dont personne, en vingt-cinq ans de discussion sur la même page, n'ait réussi à fixer le tempo.
L'histoire commence par une querelle de fées. Sheebeg et Sheemore sont deux collines du sud du comté de Leitrim, distantes de quelques kilomètres, chacune surmontée d'un tertre funéraire ancien. La tradition locale y loge deux peuples qui se font la guerre. Un contributeur résume en 2005 la version qu'en donne L. E. McCullough dans son Irish Tinwhistle Tutor : les esprits de guerriers dont les corps reposent dans les collines, et qui de temps à autre ravivent leur querelle. Une autre version, plus précise, veut que la bataille oppose les reines des deux tertres, la grande prétendant valoir deux fois la petite. Les premiers vers du texte irlandais, transmis par Bunting puis repris par Donal O'Sullivan, disent exactement cela : Imreas mór tháinic eidir na ríoghna, une grande dispute survint entre les reines.
Le mot sí ne veut pas dire colline. Il désigne le tertre des fées, l'entrée du monde souterrain où les Tuatha Dé Danann se sont retirés. La discussion sur ce point, en 2010, vaut la peine d'être connue avant d'annoncer une traduction à un groupe : un contributeur défend « petite colline, grande colline » comme traduction littérale, un autre lui répond que la traduction littérale serait plutôt « petite fée, grande fée », et un troisième fait observer que l'un et l'autre passent à côté de ce que le titre convoque réellement. Personne n'a tort. On peut dire aux élèves que le titre parle de deux buttes habitées, et que c'est déjà tout le sujet.
Carolan n'a pas composé cet air à partir de rien. Il a pris The Bonny Cuckoo, un air de chanson collecté par Bunting, en a gardé la matière pour sa première partie, et a composé la seconde. Un contributeur qui documente ce point en 2010 y voit une intention claire : transformer une chanson en pièce instrumentale complète. On dit d'ordinaire que c'est sa première composition. Un autre contributeur nuance, en 2018, d'une phrase qui suffit : « certains pensent qu'il ne l'a pas écrite ».
Reste la question du tempo, et c'est elle qui rend cet air précieux en cours. Elle est posée sur la page en 2007, dans ces termes : Planxty en donne une version plutôt allante, peut-être ai-je pris l'habitude de le jouer trop lentement, mais la lenteur fait ressortir une plainte que les versions plus enlevées n'ont pas. Qu'en pensez-vous, et savons-nous ce que Carolan voulait ? Dix ans plus tard, une autre contributrice reprend mot pour mot la même interrogation : nous préférons plus lent que Planxty, mais qui sait ce que Carolan voulait. Personne n'a répondu. Carolan était aveugle, il n'écrivait pas sa musique et ne l'a pas fait transcrire, tout est passé par l'oral.
Une dernière trace, matérielle celle-là. Dans le jardin botanique dédié à Carolan à Keadue, comté de Roscommon, l'air est gravé dans la pierre. Un visiteur relève en 2014 que la gravure est notée à 6/4, et non à 3/4 comme toutes les éditions qu'il a vues. Un autre lui confirme que le manuscrit de Bunting le donne également à 6/4. Cette mesure-là dit quelque chose : elle groupe deux mesures de trois temps en une seule respiration. C'est la longueur de phrase réelle de la pièce, et c'est ce qu'il faut faire entendre.
Fiche technique
Type : air, noté à 3/4, structure AABB avec seize mesures par partie.
Une précision de classement, parce qu'elle est visible dès qu'on ouvre la source. TheSession range cette pièce dans la catégorie waltz, et cette fiche la range dans les airs. Le désaccord est documenté sur la page elle-même : un contributeur y rappelle en 2024 qu'une mesure à trois temps ne fait pas une valse, et que le phrasé de cet air appellerait plutôt un 6/8. Le manuscrit de Bunting et la gravure de Keadue la donnent à 6/4. Aucune de ces notations ne change les hauteurs ni les durées, elles changent l'unité de respiration. Nous retenons air parce que c'est ainsi qu'elle se joue et s'enseigne, et parce que ce n'est pas une danse.
Tonalité principale : ré majeur. Dix-sept settings sur dix-huit, consensus quasi total. Le dix-huitième est en sol majeur, une quarte plus bas, et son auteur précisait en 2008 l'avoir écrit à 4/4 plutôt qu'à 3/4. Un contributeur signale en 2024 avoir entendu la version en sol chez un guitariste, en ajoutant qu'il ne l'avait jamais entendue ainsi ailleurs.
Tempo indicatif : non renseigné, volontairement. C'est la seule fiche de ce répertoire sans valeur dans cette case. Aucune source consultée ne donne de tempo, et la seule chose que la page de TheSession établit clairement en vingt-cinq ans, c'est que la question reste ouverte. Poser un chiffre ici reviendrait à trancher un débat que les sources laissent ouvert.
Niveau : intermédiaire. Les notes sont peu nombreuses et les valeurs sont longues, ce qui rend la lecture facile, mais l'air n'est pas facile à jouer pour autant. La partie B monte au si aigu et y reste sur une blanche exposée, sans rien pour la couvrir. Un contributeur note en 2021 qu'il est plus difficile que Planxty Irwin, ce qui surprend au vu de la partition. La difficulté n'est pas dans les doigts, elle est dans le son tenu et dans la conduite de la phrase.
Point technique : la longueur de phrase. Les quatre mesures écrites correspondent à deux respirations, pas à quatre. C'est ce que dit la notation à 6/4 du manuscrit de Bunting. Un élève qui reprend son archet ou son souffle à chaque barre de mesure hache la pièce. La contrainte à donner est de tenir deux mesures d'un seul geste.
Ornementation : cette fiche ne propose pas de setting orné, et l'absence est délibérée. Sur un air lent, ce qui varie d'un musicien à l'autre n'est pas le vocabulaire d'ornements des jigs et des reels, c'est le tempo, le rubato et la place des respirations. Ajouter des rolls ici reviendrait à jouer cette pièce comme une danse, ce qu'elle n'est pas.
Grille harmonique
Dérivée du setting 33571 de TheSession, où les accords sont notés au-dessus de la mélodie.
Deux remarques, et une variante à connaître.
L'accord de si majeur, à la dixième mesure de la partie B, est le seul accord étranger à la tonalité de toute la pièce. Il se fait entendre. Un contributeur a publié en 2025 une version qui remplace précisément cet accord par un si mineur, en indiquant que c'était le seul changement. Les deux se défendent, et le choix est audible : la mélodie joue un ré à cet endroit, qui frotte contre le ré dièse du si majeur et se fond dans le si mineur. Pour un groupe qui accompagne, si mineur est le choix sûr.
Une autre grille circule, transmise en 2006 sur la même page, d'après un arrangement de John Peekstok. Elle place un fa dièse mineur là où celle-ci met un si mineur, aux mesures onze et douze de la partie A. Ce n'est pas une correction, c'est un autre éclairage de la même mélodie.
Grille en re majeur
Partie A
D | Bm | G A | D G | A7 | D | Bm G | D/A | Bm | Bm G | A7 | D | D
Partie B
D | A7 | G | D A7 | D | D | A F#m | B | G | A7 G | A7 | D | D
Notation
Version populaire
Rendu de la partition indisponible
Un setting a deux voix
Un contributeur a publié en 2016 le setting 28391, qui n'est pas une variante mélodique mais la même mélodie accompagnée d'une seconde voix écrite, notée en parallèle. Deux autres harmonisations figurent dans les commentaires de la page : une contre-mélodie publiée en 2002, dont un lecteur a vérifié en 2021 qu'elle fonctionne effectivement contre la mélodie, et une voix d'harmonie tirée de Twin Fiddling de Stacey Phillips, publiée en 2007, qui monte en deuxième position.
C'est la ressource à connaître pour faire jouer un groupe à deux niveaux sur la même pièce sans que personne n'attende.
Enchainements de session
Cinq cent vingt-huit sets recensés sur TheSession contiennent cette pièce. Aucun de ses voisins habituels n'appartient à ce répertoire, et c'est une information en soi : cet air ne s'enchaîne pas avec les jigs et les reels, il vit dans le répertoire des airs et des planxties.
Sí Bheag Sí Mhór + Fanny Power : 35 sets, et 23 dans l'autre sens. C'est de loin l'appariement dominant, solide dans les deux sens.
Sí Bheag Sí Mhór + Inisheer : 26 sets, et 9 dans l'autre sens.
Sí Bheag Sí Mhór + The South Wind : 19 sets, et 6 dans l'autre sens.
Planxty Irwin + Sí Bheag Sí Mhór : 18 sets, et 17 dans l'autre sens. Équilibre parfait.
Sí Bheag Sí Mhór + Tabhair Dom Do Lámh : 18 sets, et 7 dans l'autre sens. Un contributeur écrivait en 2015 que c'est une excellente pièce pour amener Tabhair Dom Do Lámh, le comptage lui donne raison.
Sources
- TheSession, page du tune : https://thesession.org/tunes/449
- TheSession, setting 33571 (setting harmonisé, base de la grille et de la notation reproduite) : https://thesession.org/tunes/449#setting33571
- TheSession, setting 55400 (variante si mineur de la partie B) : https://thesession.org/tunes/449#setting55400
- TheSession, setting 28391 (version à deux voix) : https://thesession.org/tunes/449#setting28391
- TheSession, setting 13326 (unique setting en sol majeur, noté à 4/4) : https://thesession.org/tunes/449#setting13326
- Wikipédia, Sí Bheag, Sí Mhór : attribution à O'Carolan, filiation avec The Bonnie Cuckoo (Roud 24351), sens du mot sí, localisation des deux collines dans le sud du comté de Leitrim
- L. E. McCullough, Irish Tinwhistle Tutor, cité sur TheSession pour le récit de la querelle des tertres
- Edward Bunting, Ancient Music of Ireland, et Donal O'Sullivan sur Carolan, cités sur TheSession pour le texte irlandais et pour la notation à 6/4
- Stacey Phillips, Mel Bay's Twin Fiddling, cité sur TheSession pour la voix d'harmonie
- Commentaires TheSession cités : billabbey (2003) et djimbo (2004) sur le sens du titre, Pete D (2005) pour McCullough et le récit des tertres, Bob himself (2005) sur The Bonny Cuckoo, Here Lyeth (2007) et trish santer (2017) sur la question du tempo restée sans réponse, Arthur Nordstrom (2008) pour le setting en sol à 4/4, richard snell, bogman et Peter (2010) sur la traduction du titre et sur la reprise de The Bonny Cuckoo, Tony O'Rourke et Weejie (2014) sur la gravure de Keadue, la notation à 6/4 du manuscrit de Bunting et la transmission orale, Thady Quill (2015) sur l'enchaînement vers Tabhair Dom Do Lámh, suskin (2018 et 2021) sur le doute d'attribution et sur la difficulté réelle, Bazza (2021) sur la contre-mélodie de 2002, cormacoriordanKG (2024) sur le classement en valse, Connor Hickey (2024) sur la version en sol, Steve Ewing (2025) sur la substitution du si mineur
- Date de composition : inconnue. Carolan est né en 1670 et la pièce est présentée comme sa première, mais aucune source consultée ne donne d'année, et rien n'a été avancé à leur place
- Statistiques d'enchaînement calculées sur les 528 sets publiés sur TheSession contenant ce tune