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Jean-Bernard et Jean-Marie Prima

Son ar Chistr

Aussi connu sous Ev chistr 'ta Laou, Yao jistr 'ta Laou, Ev Chistr 'Ta, Laou!, Son ar Sistr, La chanson du cidre

Type
Kan ha diskan
Tradition
Bretonne
Mesure
4/4
Tonalité
sol mineur Aussi joué en si mineur, mi mineur
Structure
couplet-refrain, appel-réponse
Niveau
Débutant

BretagneMorbihanfest-nozappel-reponsesoneStivelloeuvre-protegee

Ouverture

C'est un soir de 1929, à Guiscriff dans le Morbihan, le dernier jour du battage. Le cidre est en bouteille, le vin est en fût. Jean arrive avec un verre à la main et lance une phrase à son frère Jean-Marie. Les deux sont adolescents, ils sont fils d'agriculteurs, et ils vont passer deux à trois semaines à mettre au point la mélodie et les paroles de ce qui deviendra probablement la chanson bretonne la plus connue au monde.

Le titre veut dire la chanson du cidre. Le refrain dit à Laou, c'est-à-dire à Guillaume, de boire. Ce n'est pas un chant de marins, pas une complainte, pas une histoire de naufrage : c'est une sône, le genre breton des sujets anecdotiques et gais de la vie ordinaire. Quelqu'un a soif, on le lui dit en chantant.

Elle reste locale une vingtaine d'années. En août 1951, Polig Monjarret la collecte auprès de Jules Le Gwernig, à Scaër dans le Finistère, et la publie. Puis en 1970 Alan Stivell la reprend, en garde trois couplets sur sept, et la met sur deux 45 tours puis sur l'album Reflets. À partir de là, elle échappe complètement à la Bretagne. Les Néerlandais de Bots en font Zeven dagen lang en 1976, l'Oktoberklub une version est-allemande en 1977, les Chieftains l'enregistrent en 1987, Scooter en fait un tube de dancefloor en 1998, et ça n'a jamais cessé.

Une chanson à boire écrite par deux gamins un soir de battage, devenue un standard planétaire par accident. C'est aussi ça, la transmission orale : elle ne demande la permission à personne.


Fiche technique

Type : sône chantée selon la norme du kan ha diskan, le chant à répondre breton. Un chanteur meneur, le kaner, lance une phrase ; les répondeurs, les diskaner, la reprennent. Le recouvrement entre la fin de l'un et le début des autres est ce qui fait avancer le chant sans jamais le laisser retomber. Traditionnellement a cappella.

Tonalité : sol mineur. C'est la tonalité de la version Stivell et celle du relevé principal de TheSession. La mélodie est modale, sur une échelle mineure sans sensible, ce qui explique le ré mineur en position de dominante plutôt qu'un ré majeur. On la trouve aussi transposée en si mineur et en mi mineur selon les relevés, et en do mineur dans les arrangements pour cornemuse.

Mesure : 4/4 dans l'usage courant et sur le relevé de référence. Le chant traditionnel a cappella est nettement plus souple que ça, et certains transcripteurs alternent 3/4 et 2/4 pour rendre la respiration réelle du kan ha diskan. La mesure écrite est une commodité.

Structure : couplet de quatre mesures, refrain de six. Le refrain reprend les quatre dernières mesures du couplet et les fait précéder de deux mesures neuves.

Grille harmonique

Transposée en sol mineur depuis le relevé accordé de TheSession (setting 34931, noté en si mineur), et recoupée avec les relevés d'accords de la version Stivell, qui donnent le même vocabulaire : sol mineur, fa, mi bémol, si bémol.

Le point à retenir est le ré mineur de la troisième mesure. C'est un ré mineur, pas un ré majeur. La mélodie n'a pas de sensible, et harmoniser en majeur à cet endroit, ce que font plusieurs relevés de guitare, tire le chant vers un mineur classique qui n'est pas le sien. Certaines versions le font quand même, y compris chez Stivell selon les captations : c'est un choix, pas une correction.

Grille en sol mineur

Partie A

Gm | Gm F | Eb Dm | Gm

Partie B

Gm Eb | Bb F
Gm | Gm F
Eb Dm | Gm

Droits d'auteur

La mélodie et les paroles sont de 1929 et leurs auteurs sont identifiés. Ce n'est pas un air traditionnel anonyme tombé dans le domaine public, et il faut le traiter comme ce qu'il est : une œuvre récente à auteurs connus.

En conséquence, cette fiche ne reproduit ni le texte, ni la notation. Le lien vers TheSession est donné pour la consultation. L'apprentissage en atelier se fait à l'oreille, ce qui est de toute façon la seule manière correcte d'aborder du kan ha diskan.

Intérêt pédagogique

L'appel-réponse comme exercice d'écoute. C'est l'outil transversal prévu pour toute l'année, et cette chanson est le meilleur endroit pour l'installer. Le principe est immédiatement compréhensible, il ne demande aucune lecture, et il oblige à écouter avant de produire. Un élève qui ne sait pas encore tenir son instrument peut y participer dès la première séance.

Niveau débutant, tous instruments. La mélodie tient dans une octave, ne comporte aucun saut difficile, et fonctionne aussi bien chantée que jouée. Elle se transpose sans dommage vers la tonalité qui arrange chaque pupitre.

Le vocable rythmique. Le chant breton ponctue les fins de phrase par des syllabes sans contenu, qui servent uniquement à porter le rythme et à assurer le relais entre kaner et diskaner. C'est exactement la fonction du diddly-dee dans la transmission orale irlandaise du premier trimestre. Faire le rapprochement à voix haute, en atelier, aide à comprendre que ces syllabes ne sont pas du remplissage.

Enregistrements

  • Alan Stivell, 1970, album Reflets : la version qui a tout déclenché. Recherche YouTube
  • Les sœurs Goadec : kan ha diskan a cappella, sans accompagnement. C'est l'écoute la plus utile pour comprendre la forme, et de loin la moins confortable. Recherche YouTube
  • Yann-Fañch Kemener : la référence contemporaine du chant breton.
  • The Chieftains, 1987, sous le titre Ev Chistr 'ta, Laou!

Sources

  • Wikipédia français, article « Son ar chistr » : https://fr.wikipedia.org/wiki/Son_ar_chistr (composition en 1929 au soir du dernier jour de battage par Jean-Bernard et Jean-Marie Prima, frères agriculteurs de Guiscriff ; genre sône ; version Stivell 1970 sur Reflets, couplets 1, 2 et 7)
  • Wikipedia anglais, article « Son ar chistr » : https://en.wikipedia.org/wiki/Son_ar_chistr (reprises Bots 1976, Oktoberklub 1977, The Chieftains 1987, Scooter 1998, Luar na Lubre 2002)
  • kan.bzh, fiche M-00741 « Ev chistr 'ta Laou » : https://tob.kan.bzh/chant-00741.html (collectage par Polig Monjarret auprès de Jules Le Gwernig, Scaër, août 1951)
  • Monjarret (Polig), Yaouankiz a gan, 1951, p. 6-7, chant n° 3 ; Kan ha koroll, 1960, n° 4, p. 5 ; Kanaouennoù Breizh 3, 2013, p. 103
  • TheSession, tune n° 7312 sous le titre « Ev Chistr 'Ta, Laou » : https://thesession.org/tunes/7312 (trois settings, en sol mineur, ré majeur et mi mineur ; grille harmonique du setting 34931)

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